« Au service de tous les animaux quels qu’ils soient »
Engagée depuis son adolescence dans la protection animale, Olivia Symniacos a créé Animalex, un cabinet entièrement dédié au droit animalier. Plaider pour un rat, un chien ou une vache est devenu son quotidien avec pour ligne directrice la conviction que tous les animaux – domestiques, d’élevage ou sauvages – méritent d’être défendus à la barre.
Monsieur Toune, le chat d'Olivia Symniacos dont elle a fait broder le numéro de tatouage dans sa robe d'avocate.
D’où vous vient cette passion pour les animaux ?
Quand j’étais enfant, je regardais les émissions d’Allain Bougrain-Dubourg. C’est grâce à lui que j’ai appris à les connaître, à les respecter puis à les aimer, même sans en avoir à la maison.
Comment en êtes-vous venue à les défendre ?
Initialement, j’étais juriste en droit des affaires et des sociétés. J’ai choisi de devenir avocate uniquement pour pouvoir m’associer. À cette époque, j’avais un chat, Monsieur Toune, avec lequel j’étais très fusionnelle. J’ai fait broder son numéro de tatouage dans ma robe d’avocate. Comme je lui avais récité tous mes cours, j’estimais qu’il la méritait autant que moi ! Sa mort m’a profondément marquée. C’était très compliqué et je ne voulais plus m’investir autant dans une relation avec un animal. En revanche, j’étais militante et souhaitais m’engager davantage pour la cause animale. Je suis tombée sur la création d’un diplôme universitaire en droit animalier à l’Université de Limoges et ça a fait tilt : c’était ce que je voulais faire !
J’ai continué à me former puis j’ai pris la décision de tout plaquer : j’ai vendu les parts de mon cabinet et en 2019, j’ai créé Animalex, un cabinet dédié à 100 % au droit animalier. Depuis, chaque matin, je me sens utile à une cause qui m’est chère. J’apprends tous les jours. J’ai trouvé ma place. Ma vie a changé mais je ne l’ai jamais regretté. Mes revenus ne sont plus les mêmes mais je me sens beaucoup plus riche.
Comment définiriez-vous le droit animalier ?
Le droit animalier regroupe l’ensemble des règles qui concernent notre lien à l’animal. Cela englobe aussi bien les textes destinés à le protéger que ceux qui réglementent sa cession, sa détention, son utilisation, son transport ou sa destruction, c’est-à-dire aussi bien les textes qui lui sont favorables que ceux qui lui sont défavorables.
Pour exercer en droit animalier, qu’est-ce qui compte le plus : la maîtrise du droit ou la connaissance des animaux ?
Les deux sont essentielles. Pour défendre, il faut connaître. Si vous plaidez pour un reptile, par exemple, il faut savoir expliquer au magistrat en quoi les conditions de vie qui lui étaient imposées ne correspondaient pas à ses besoins physiologiques. Si vous ne connaissez pas les besoins de l’animal dont il est question, il sera difficile de convaincre. Pour exercer, il faut donc connaître les animaux, les aimer mais aussi arriver à gérer son affect car nous sommes avant tout des professionnels du droit.
Qui fait appel à vous ?
J’ai des profils de clients très variés. Les dossiers de maltraitance me sont principalement adressés par des associations, mais je suis également sollicitée par des particuliers. Certains me contactent parce que leur animal a été victime de violences, d’autres à la suite d’un problème avec une pension à laquelle ils l’avaient confié.
Je traite aussi des dossiers en droit de l’environnement ou de propriété, par exemple lorsqu’un couple se sépare et qu’il faut déterminer qui va récupérer l’animal. Des associations ou des professionnels de l’animal me sollicitent pour rédiger des contrats ou des conditions générales de vente. C’est très transversal. L’animal est partout dans nos vies.
Quels types d’animaux défendez-vous ? Certains sont-ils plus difficiles à défendre que d’autres ?
La spécificité de mon cabinet, et ce qui guide mon engagement, c’est justement d’être au service de tous les animaux, quels qu’ils soient. J’adore les chiens et les chats mais ce ne sont pas les seuls à souffrir. Ils ont tendance à attendrir plus facilement que lorsque je plaide pour un pogona (une sorte de gros lézard) ou pour des rats, mais mon travail reste le même : je mets en avant mes connaissances, les besoins des animaux et les textes.
Le logo du Cabinet, créé par Stéphanie Valentin, artiste peintre et musicienne engagée dans la protection animale.
Tous les animaux jouissent-ils des mêmes droits ?
Les animaux ne sont pas égaux devant la loi. Plus ils partagent un lien affectif avec nous, plus ils sont protégés. A contrario, plus ils nous sont « utiles », moins ils bénéficient de protection. Quant aux animaux sauvages, ils ne sont pas protégés en tant qu’individus, mais en tant qu’espèce. La souffrance de l’animal n’entre pas en jeu.
Ainsi, un même animal peut bénéficier d’une protection juridique différente selon la place qu’il occupe dans notre société. Le lapin en est un bon exemple : qu’il soit animal de compagnie, d’élevage, de laboratoire ou qu’il vive dans une ferme pédagogique, son niveau de protection varie. Quant au lapin sauvage, il peut même être classé parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts.
Selon quels critères évalue-t-on l’intérêt de l’animal en cas de séparation ?
L’animal a beau être considéré par le droit comme un être vivant doué de sensibilité, il reste soumis au régime des biens et donc au droit de propriété. Le magistrat va avant tout se demander si l’un des deux partenaires peut prouver une propriété propre. Dans le cas contraire, l’animal se retrouve dans les biens indivis. Pour déterminer qui obtiendra sa garde, le magistrat va alors s’interroger sur les conditions de vie de l’animal, le lien affectif qui peut exister avec les enfants et les motifs de la séparation, notamment s’il y a eu des violences.
Le lien entre les violences domestiques et la maltraitance envers les animaux a été démontré. Défendre les animaux n’est-il pas avant tout une lutte contre la violence en général ?
Le but est le même : endiguer la violence à l’encontre des êtres vulnérables. Derrière chaque animal qui souffre, il y a potentiellement une femme ou un enfant qui subit aussi de la violence. Depuis la loi de 2021, quand il y a suspicion d’actes de cruauté sur les animaux, le procureur de la République ou le juge peut ordonner une enquête sociale pour vérifier les conditions de vie des autres membres du foyer.
Depuis que vous défendez les animaux dans les tribunaux, avez-vous observé une évolution des mentalités dans la prise en considération de ces affaires ?
Au niveau sociétal, il y a une évolution des consciences que l’on retrouve aussi lors des audiences. Les magistrats sont de plus en plus sensibilisés et de mieux en mieux formés. Cela entraîne une amélioration des décisions. On a compris qu’il y a un enjeu qui va au-delà de la protection animale en raison du lien entre maltraitance animale et violence domestique. Mais la loi doit encore évoluer.
La réglementation de 2021 interdisant la vente des chiens et des chats dans les animaleries, par exemple, n’empêche pas un marché parallèle sur certains sites de petites annonces en ligne. Trop d’animaux y sont cédés « contre bons soins ». La grosse majorité des animaux que l’on retrouve dans les dossiers de mauvais traitements ou d’actes de cruauté ont été récupérés sur ces sites de petites annonces. Quand un particulier souhaite céder un animal, il devrait être obligé de le confier à une association pour éviter qu’il se retrouve dans les mains de personnes maltraitantes. En résumé, il y a encore du travail !
Propos recueillis par Karelle Bourgueil
Pour aller plus loin :
Au nom de tous les animaux de Olivia Symniacos avec Valérie Péronnet
Découvrez le plaidoyer d’une avocate animaliste et plongez dans son quotidien.
Bestiaire juridique de Marine Ranouil et Nicolas Dissaux
Et si l’avenir du droit venait des animaux ?
Des colloques pour échanger :
Colloque « De la protection de la nature à la reconquête de la biodiversité 1976 – 2026 »
Quand : 4 et 5 novembre 2026
Où : Archives nationales - 59, rue Guynemer - 93380 Pierrefitte-sur-Seine
Accès gratuit sur inscriptionJournées d'Etude en Droit Animal et Ethologie
4 journées consacrées au droit animal et à l'éthologie appliquée au droit et à l'éthique, organisées par l'Institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) et le Centre d'Études Internationales et Européennes (CEIE)
Quand : 12 au 15 janvier 2027
Où : Strasbourg (67)
